Ton collègue autiste la veille des vacances

Au travail il y a bien une chose que je ne comprends pas c’est pourquoi venir au travail si c’est pour tirer au flanc? C’est flagrant les veilles de week-end. Et d’autant plus les veilles de vacances. C’est tellement flagrant qu’on dirait un grand jeu.

La première règle du jeu lors de ces journées est de rester à la pause café le plus longtemps possible. Mais pas trop non plus. C’est un réel travail d’équilibriste. Mais un équilibriste qui doit cacher qu’il est sur la tangente. Pour gagner du temps on en profitera pour aller nettoyer sa tasse qu’on ne nettoie jamais. Ou arroser les plantes qu’on n’arrose jamais.

Seconde règle du jeu: prendre le plus de temps possible pour manger le midi. Pour cela commencer à sonder ses collègues avant midi pour aller manger à midi. Comme si déranger ses collègues allait les faire travailler plus vite ou finir leur tâche à midi pile. Une fois à table en profiter pour traîner. Manger lentement. en racontant ses dernières vacances. Et marcher lentement pour rentrer de la cantine. Bref il s’agit de vraiment traîner ses savates. Alors qu’on est impatient de partir en vacances. Toute une contradiction…

Et enfin une fois les occasions officielles de perdre du temps épuisées, invoquer la règle du joker “dernier jour de travail”. Alors qu’on a déjà expliqué une bonne douzaine de fois: “je vais deux semaine à Quiberon … maison de famille … beau temps … plage …” ne pas hésiter à aller voir une collègue directement à son bureau pour lui raconter une énième fois la même histoire. Varier les thèmes : lieu de vacances, trajet pour y aller, personnes avec qui on part… Bref on radote.

Mais la vraie question que je me pose c’est pourquoi plus trainer le denier jour avant de partir qu’un autre jour? Au travail mes collègues et moi avons tous une montagne de travail. J’éprouve de mon côté un grand plaisir à partir avec une grande liste claire et détaillée des travaux que j’ai en cours. J’aime aussi à partir l’esprit léger avec des dossier bouclés. Je m’arrange donc pour finir certains dossier avant de partir en vacances. Pour moi les deniers jours sont synonymes d’une grande rigueur. Car partir en vacances avec des questions en suspens est très frustrant lors de mon départ.

Ces journées sont donc compliquées à gérer. D’un côté je dois clôturer un certain nombre d’actions. De l’autre des collègues me tournent autour en jouant au grand jeu du “je pars en vacances tout à l’heure”. Le pire qui puisse m’arriver lors d’une telle journée, c’est un repas au restaurant avec tous mes collègues. Je vous raconte ça dans mon prochain article.

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Du réflexe de tout trier, une bibliothèque numérique

Il y a peu, lors d’une réunion de famille, durant le repas, je me suis surpris à aligner des petits objets à côté de mon assiette. Je faisait des carrés de 4 sur 4 ou 5 sur 5. Il faut dire que je m’ennuyais mortellement. Mais en m’interrogeant plus profondément, aligner ces objets me détendait. La situation de repas de famille étant particulièrement exigeant et fatigante, aligner ces objets m’a permis de reprendre mon souffle, de m’évader.

En y repensant je me suis souvenu qua j’ai toujours eu un immense plaisir à me plonger dans des “collections”. J’ai toujours collectionner des objets mais aussi des informations ou encore des anecdotes. Le but de ces collections est le plus souvent l’accumulation, la répétition plus que l’objet en lui même. Plutôt que de m’étendre voici donc un premier sujet sur ma bibliothèque numérique.

Vous trouverez ici ma bibliothèque. Elle se présente sous la forme d’une infographie et est donc virtuelle. Avec ma fâcheuse habitude à donner mes livres à mes amis, ajouté à cela ma lecture occasionnelle au format numérique il m’est difficile de maintenir une bibliothèque matérielle en bonne et due forme. Cette infographie est certes d’un côté purement égoïste et personnelle car elle ne rend compte que des livres que j’ai lu mais a d’un autre côté pour but de pousser à la curiosité et d’amener à la lecture d’ouvrages des littératures de genre (science-fiction, fantasy, policier) dont la portée spéculative et intellectuelle est importante pour notre société.

L’infographie est « dynamique » car les bulles « flottent » mais surtout parcequ’il est possible d’interagir avec les bulles. Vous pouvez « tirer » une bulle en cliquant dessus et en maintenant enfoncé le bouton de votre souris. Tirer sur une bulle de genre et l’ensemble des livres de ce genre seront déplacés. Mais vous pouvez surtout cliquer sur les rectangles à droite. L’ensemble des livres correspondant vont être mis en valeur: leur titre et auteur vont apparaître, les bulles correspondantes sont conservées et les autre bulles mises a l’écart. Ensuite en pointant une bulle, les informations du livre correspondant seront mises en valeur en agrandissant la taille des informations du livre.

Cette bibliothèque informatique est importante pour moi. Je suis toujours à la recherche de bizarreries à lire à la croisée des genres. Je les nomme OLNI (Objets Littéraires Non identifiés). Je les collectionne même. Avec cette infographie je les visualise, en jaune doré. Un premier bon point. Cette bibliothèque j’ai aussi un plaisir immense à l’organiser. A changer un livre de catégorie, à ajuster les couleurs des genres. A la regarder. Un seconde point. Et enfin cette bibliothèque me rassure. Les livres sont bien rangés, toujours à la même place. C’est rassurant. Immuable. Un dernier bon point.

De l’hypersensibilité – le toucher

Aujourd’hui, court billet sur mon sens du toucher, un pan de ma sensibilité un peu particulière. Et pour éviter l’eceuil de la plainte, je vais décrire une situtation dont je me rappelle comme incroyable et plaisante en plus de s’être déroulée à un moment plutôt éprouvant et déstabilisant.

Je me trouvais à une réunion technique à l’étranger avec des collègues étrangers du domaine dans lequel je travaille. Je partageais une table de réunion immense avec 20 personnes plus âgées, compétentes et impliquées, qui échangeaient à propos d’un sujet de recherche complexe et stimulant. Chaque intervenant prenait la parole de manière codifiée et plutôt solennelle pour amener à la discussion de nouveaux éléments auprès de ses confrères qui questionnaient ensuite l’intervenant.

À mon tour de présentation, un vide profond m’envahit comme à chaque que je dois présenter face à un auditoire. Sensation abyssale plutôt désagréable que j’arrive parfaitement à camoufler en me focalisant sur ma tâche. Je coupe tous mes sens. Je mets toute mon énergie à ma présentation. J’ai l’impression de m’evaporer. Et comme à chaque à fois lorsque cette sensation m’envahit je me met à manipuler un objet quel qu’il soit: vêtement, stylo, gobelet… Et là ce qui me tombe sous la main, c’est la table. Ou plutôt sa texture sous son plateau. Je me mets donc à effleurer ses petite strilles. Et ça me procure un sensation très agréable. Génial!

Une fois ma courte intervention terminée, on commence à me poser des questions. Je me concentre et réponds à mes collègues. Mais entre chaque question, à chaque blanc je reviens à ces petites strilles dans le bois. Quelle sensation excellente. Tellement douce. À en devenir enivrante. Entêtante.

Je suis revenu plusieurs fois au cours de la journée à cette sensation. Sorte d’échappatoire de bien-être dans un moment exigeant, agressif et très sollicitant.

Ton collègue autiste au travail – jour de neige

Dans un précédent article j’avais expliqué comment se passait pour moi une pause café au travail avec mes collègues. Pas forcément ma tasse de thé. Lors de cette pause tout un rituel se développe. Mais il peut être bafoué par certains événements exceptionnels. Pietinné par l’euphorie du groupe. On pourrait par exemple citer une victoire sportive de l’équipe nationale, la veille des vacances, ou encore dans une moindre mesure le vendredi. Mais pour cet article on prendra pour cas d’analyse le paroxysme de l’événement exceptionnel qui brise le rituel de la pause café : la neige!

Donc prenons le postulat qu’il a neigé dans la nuit. C’est beau, c’est froid et ça change le paysage. Moi j’adore la neige. Ca étouffe les bruits, ça change la lumière, bref ça stimule mes sens. Mais ça m’apaise aussi.

Mais arrivé à la pause café, la neige fait fondre tout une série de règles pourtant immuables au travail. Et là tout d’un coup j’aime moins la neige. Je commence à plus rien comprendre.

Par exemple s’il y a de la neige on a le droit de mettre des chaussures de randonnée. Pas quand il pleut. Et même qu’on peut en parler en rigolant. ”Ohlala j’ai du mettre mes après-ski ! C’est dire qu’il a neigé.” Par contre quand il fait chaud en été pas moyen de mettre des tongs. Donc l’hiver on a le droit de revendiquer son petit confort, l’été c’est mort.

Et lors de n’importe quelle discussion, encore plus à la pause café, surtout on ne discute plus que de ça. Déjà que les discussions à propos des transports sont ennuyantes, avec de la neige c’est toujours aussi ennuyant. Mais comme la neige perturbe les itinéraires, alors on parle transport encore plus. Au final on s’ennuie encore plus. C’est un engrenage vicieux!

On en profite ensuite pour ressortir la fameuse anecdote de ”Pierre qui a dormi dans sa voiture en 2006”, ”Paul qui a glissé dans sa descente de garage” et ”Jacques qui n’a pas pu venir car le train …”. Un seul mot d’ordre, répété la même anecdote d’année en année pour plus d’ennui. La répété aussi, dans le doute, à chacun de ses collègues même si les autres l’ont déjà entendue, car c’est tellement incroyable la neige!

Mais le pire c’est que que tout aurais pu rester cantonné à la pause café. Mais non encore pire! Comme il neige alors on en parle tout le temps. Vraiment tout le temps. Bigre. Votre collègue, qui soi-disant à la tête la sous l’eau à cause du nombre de dossiers qui s’empilent, va devenir un expert en conduite sur neige en pestant sur ces personnes qui ont peut de conduire sur la neige. La neige ça bloque les transports mais ça reffroidi surtout les pensées des gens. Ça les omnibule au point de les empêcher de travailler.

Et moi je comprends toujours pas pourquoi on devrait moins travailler s’il neige plutôt si c’est la canicule. Au contraire je préfère abattre des dossiers compliqués bien au chaud avec un bon pull en laine baigné de la lumière si particulière de la neige. La neige amène cette torpeur plutôt propice au travail.

Au final je travaille toujours de la même manière et je vois ces journées de neige ou de veille de vacances comme un calvaire. Les gens changent radicalement leur comportement car trop excités et moi ça me met mal à l’aise. Certainement car je décrypte mal leur excitation ou leur joie. Pas facile de partager ces moments fédérateurs qui moi me reffroidissent!

Ton collègue autiste rédige: bienfaits et méfaits de l’excès.

Lorsque j’entreprends quelque chose c’est toujours avec excès. Des fois c’est bien voire même extraordinaire, mais d’autres fois moins voire pas du tout, ça peut m’être néfaste! Mais le plus souvent c’est les deux : méfaits et bienfaits sont inexctricablement liés.

Par exemple, au travail, quand je rédige un mail ou une présentation il faut que tout soit parfait. Comprenez par là qu’il faut que les règles que je me suit fixées et aussi celles que j’ai apprises il y a 25 ans soient remplies. Elles sont rassurantes et immuables au milieu du monde du travail en perpétuel mouvement. Elles permettent de souffler car tellement immobiles, comme des statues au milieu du musée: un peu magistrales mais nécessaires dans leur équilibre.

Pour moi ce que je rédige est l’image que je renvoie aux autres. Donc pas question d’être approximatif. J’applique alors mille règles, sans possibilité d’esquive. Majuscule en début de phrase, toujours signer les mails, pas de fautes d’orthographe ou d’accords de participe, vérifier la conjugaison et la ponctuation. Une phrase un verbe et un point. Sinon ça marche mal, c’est bancal, si je ne vérifie pas tous ces points ça me frustre. Alors je le fais. Mais le pire c’est que dans mon milieu de travail ces détails ont peu voire pas d’importance. Mais je ne peux pas me résoudre à ne pas le faire. Alors oui ça me mange du temps. Beaucoup de temps parfois. Oui je vérifie des règles obscures de grammaire ou de conjugaison. Oui je relis ce que j’écris 4 à 5 fois. Mais je ne peux m’y soustraire, tout ce que j’écris aura ce niveau de détail.

Mais lorsque je dois faire un rapport technique, vous l’aurez compris, c’est propre, c’est clair et c’est soigné. Il ne manquera jamais un point en fin de phrase. Malheureusement le milieu où je travaille favorise clairement l’échange par mails rapides. On ne prends pas le temps de faire des mails propres sans oubli de ponctuation en fin de phrase! Et lorsque je lis un texte, s’il manque de la ponctuation alors je dois faire une réel effort pour comprendre. Je dois me mettre des oeillères pour bien comprendre le sens de la phrase tellement sa structure est altérée.

J’éprouve même un sorte de jalousie car je sais que je n’arriverai jamais à me détendre sur de tels sujets. J’aime trop ces règles que je dois respecter, elles me rassure. Et au final cet excès de perfectionnisme est chronophage mais c’est aussi pour moi un gage de qualité. Cette constance oscille entre une perte de temps mais aussi une capacité de rédaction immuable et droite.

Ton collègue autiste dans l’openspace ou l’éloge de bruit

Ça faisait longtemps que j’avais pas écrit un ”ton collègue autiste”. Par manque de temps mais aussi par manque d’inspiration ! Pas toujours facile de prendre de la hauteur pour arriver à mettre une dose d’humour dans mes articles. Mais il y a peu j’ai vécu ce que je considère être comme une journée noire au travail.

Laissez moi vous décrire mon lieu de travail. Un spacieux open-space avec des îlots de 4 bureaux. Je passe donc mes journées de travail avec mes 3 collègues qui sont des personnes calmes, respectueuses et n’ayons pas peur des mots agréables voire sympathiques. J’échange avec elles quelques banalités le matin à mon arrivée. Je n’ai pas grand plaisir à cette interaction trop codifiée mais mes collègues semblent apprécier mon sens de l’humour décalé. Ça doit être rafraichissant pour eux, ces petites saillies sur les banalités et les jeux de mots à enchassements. Un travail d’équilibriste ces discussions matinales. De l’écoute, de l’humour, beaucoup de concentration. Et attention à bien avoir le bon niveau de vocabulaire.

Il y a quelques jours j’arrive au travail fatigué, un peu ”migraineux” et pas forcément de bonne humeur. Et là ça été l’enchaînement. J’étais usé avant midi. Trop de bruit. Trop de monde. Trop de sollicitations sonores.

Ça a commencé avec mes collègues qui avaient leur casques en réunion en ligne. Ça fait 3 personnes qui parlent à voix haute dans un rayon de 3 mètres. J’entends donc 3 discussions. J’entends aussi ce qu’entendent mes collègues car le son des écouteurs est au max pour bien entendre à cause des autres collègues qui parlent.

Je peux filtrer mais seulement quelques minutes. Après j’explose. Du coup je vais me ballader 5 minutes. Je reviens. Je peux filtrer encore un peu. Je vais me faire un café. Je reviens. Et puis là j’attaque ma réunion. Avec mon casque. Et dans le casque plusieurs personnes qui parlent. Avec plusieurs bruits de fond d’autres discussions. Proprement démentiel. Sorte de mise en abime sonore.

Faut imaginer que mes collègues arrivent à suivre ces réunions en ligne tout en discutant avec d’autres personnes en chair et en os. Rien de plus simple. On coupe son micro. Et on garde les écouteurs. Dans ces conditions si quelqu’un me dérange je suis démuni. Je ne sais pas comment réagir. Je dois quitter une discussion en ligne déjà dur à suivre. Ensuite je dois me focaliser sur une nouvelle discussion. Tout en filtrant le brouhaha ambiant.

Passe une phase d’agacement totalement inutile. Je lance des regards noirs. Je soupire. Je m’agite. Mais j’ai pas de solutions. Je peux pas demander à l’openspace d’arrêter de travailler. Alors je me force, je me concentre.

Mais au final survient une phase d’abattement, de résignation. Souvent complétée par une grande fatigue. Alors je regarde par la fenêtre sans focaliser mon regard. Et je n’entends plus. Mon cerveau n’imprime plus. Ma journée est alors très mal embarquée. Je vous laisse imaginer en ajoutant une pause café et après une repas à la cantine.

Etre autiste sans le savoir et le découvrir à 30 ans

Lorsque quelque-chose de nouveau attire mon attention, au début j’y porte un intérêt faible puis zappe. Mais je n’oublie pas. Pour me découvrir autiste ça n’a pas loupé. J’ai eu pendant longtemps quelques anecdotes sur le sujet mais je ne m’y étais pas identifié. Normal quand on sait que la seule notion que j’ai eu de l’autisme était celle de génies capables de faire des calculs mentaux hallucinants ou d’apprendre une nouvelle langue en un mois à peine. Je trouvais ca fascinant mais sans plus.

Et puis un jour, arrivé la trentaine, j’ai fini mes études et commencé un travail qui m’a fait changé d’environnement. Je me suis alors rendu compte que je travaillais vite. J’avais donc beaucoup de temps pour moi c’est à dire au travail sans forcément pour le travail. Je me suis demandé pourquoi j’étais dans cette situation et j’en ai cherché la raison. Et quand je cherche c’est intensément et obstinément.

Je suis assez vite tombé sur des témoignages de surdoués/zèbres. Que je sois doué en sciences c’était pas une nouvelle au vu de mes notes lors de mes études. Mais je sentais qu’il y avait ce quelque chose entre mes collègues et moi. J’avais du mal à comprendre ce qu’on voulait de moi. Ça m’étais dur de travailler en équipe. Je sais présenter mes travaux mais mon autonomie est clairement un plaisir. Ma solitude surtout. Les bruits du grand bureau où nous travaillions à 15 m’étaient insupportables. Les odeurs de nourriture le midi m’aggressaient. Bref je comprenais que j’étais à ma place mais que j’avais parfois un comportement à côté de la plaque. Que je travaillais bien mais pas toujours de la bonne manière. Bref ça clochait mais plus que d’habitude.

Ça faisait trop d’un coup mais ça faisait écho à ce que j’avais toujours ressenti à l’école, au collège ou au lycée. Ce sentiment d’être l’observateur qui essaye de décoder les relations des personnes autour de moi. Un sentiment d’incompréhension chronique. Je me suis toujours ”integré” car plus simple mais sans toujours comprendre les relations que j’avais et avec une maladresse effrayante.

Et puis lors de mes recherches je suis tombé sur l’Aspie Quiz. Je me suis empressé d’y répondre pour un résultat annonçant que j’étais potentiellement aspie. J’ai bien vite refoulé cette idée. Pendant un mois. Et le retour de bâton à été d’une intensité rare. Je me suis alors plongé dans une quête insatiable d’information à propos du syndrome d’Asperger. Parceque pendant 2 à 3 mois j’ai eu l’impression de recoller les morceaux. D’enfin me comprendre.

Je me suis alors analyser. Sentiment grisant mais aussi totalement troublant. Sorte de vertige.

Comme je disais plus haut un sentiment d’incompréhension des relations. J’ai enfin compris d’où provenait ce sentiment horrible que je ressentais souvent lors d’une discussion. Cette envie de fuite. De pertes de repères. De chute. Cette pompe à énergie. Je suis toujours passé outre mais l’analyser m’a détendu. Sentiment d’avoir enfin la clé. La dernière pièce du puzzle, expression à l’emporte-pièce mais ô combien adaptée. Et le reste aussi. Mes postures torturées, mes passions dévorantes…. Mes sens aussi. Ma sensibilité à la lumière. Mon incompréhension de la douleur. Mon ouïe fine. Trop fine. Ma colère parfois aussi.

J’avais expliqué dans un autre billet que certains amis, mais je soupçonne certains collègues aussi, me voit comme un original. Moi je ne l’ai compris que très récemment. Qu’après avoir compris que j’étais autiste. Car toute mon originalité je la voit comme normale. Surtout je la voyais comme un trait de caractère. Mais j’ai alors compris que cette originalité est ce que je communiquais à l’autre. Et alors là oui j’ai compris que je suis surprenant dans mes comportements mais aussi dans ma manière de m’exprimer. Que mes réflexions sont atypiques et souvent déroutent.

Mais au final cette découverte m’a appris beaucoup. Sur moi. Ca m’a permis de mieux me comprendre. J’ai surtout compris certaines situations incompréhensibles que j’ai vécues. Je les aussi surtout acceptées. En un mot ça m’a apaisé de me découvrir autiste. Après je l’ai toujours été. Sans le savoir. Au moins maintenant je sais que je suis autiste.

Et autiste sans etre anxieux, c’est mieux

Ca fait partie de soi et on ne s’en aperçoit pas. C’est lancinant et irritant. C’est pas forcément dérangeant sur le moment mais ca fatigue à la longue. On vit avec, ca structure notre facon de penser. On s’en accomode. Depuis toujours c’est venu s’installer, par petites touches. Je parle de mon anxiété.

Depuis tout petit j’ai été anxieux. Tout ce que j’apprenais petit, je l’extrapolait vers ce qu’il pouvait m’arriver de pire. J’ai eu peur d’à peu près tout. Électricité, volcan, voleur, maladie… Mais c’était plus que j’étais conscient de ce qu’il pouvait m’arriver, je jugeais d’un potentiel. En gros c’était là, latent, ça viendrait.

Et puis étudiant ça n’a pas loupé, il a fallu sortir de ma zone de confort familiale, faire des courses, laver mon appart, réviser pour les examens et plein d’autres choses. J’ai toujours réussi plus ou moins à tout faire. Mais ca m’a pris beaucoup de temps. C’était parfois très mal fait. Et là j’ai développé des troubles anxieux. Je n’avais jamais géré des horaires par exemple, mes parents le faisaient. Quand je l’ai fait seul ça a plutôt dérapé car j’arrivais toujours à tout rendez-vous avec au moins une heure d’avance. Voire des fois plus avant un examen ou un rendez-vous important. Si on imagine le pire scénario vaut mieux prévoir large! J’ai donc eu des comportements anxieux plutôt handicapants au quotidien sans jamais m’en rendre compte.

Et je me permets aujourd’hui d’en parler (et d’en rire), c’est parce que j’ai bien saisi que je suis anxieux mais surtout parceque ca va mieux. Après avoir travailler sur mes comportements anxieux avec un psychologue depuis plusieurs mois, le travail porte enfin ses fruits. Je suis plus reposé. J’ai surtout appris et mis en place des stratégies pour affronter mes pensées anxieuses. Je sais mieux les analyser. Pour les horaires par exemple, j’arrive maintenant avec 20 minutes d’avance contre une heure il y a un an. Ça me change la vie et mon niveau d’anxiété est amoindri dans cette situation. Je n’arrive plus dans le train exténué.

Et heureusement que j’ai su que j’étais autiste pour mener ce travail sur mon anxiété. Car il est clair que dans plusieurs situations anxieuses mon autisme me fatigue rapidement et fait déborder mon anxiété. Par exemple en ”maitrisant” mon environnement sensoriel (casque à réduction de bruit, pull magique) je diminue la fatigue. Alors il devient possible de réduire mon anxiété.

Prenons l’exemple d’un train à prendre en fin de journée après le travail. Si je ne me suis pas protégé durant la journée en réduisant le nombre d’interactions et de réunions alors je risque de ne plus pouvoir gérer les horaires. Je vais arriver trop avance à la gare et je serai exténué dans le train. Ma soirée sera alors condamnée. Au contraire si je fais attention à me préserver durant ma journée de travail alors je serai plus en forme pour gérer le trajet travail gare. Pour le préserver je me garde des tâches ”agréables” comme rédiger des synthèses techniques qui sont pour moi une source de satisfaction. J’évite les emails compliqués. Me savoir autiste me permet donc de maîtriser mon environnement et mon niveau de fatigue qui est à coup sur le terrain à mon anxiété.

Au final c’est certainement le questionnement latent que j’avais à propos de mon anxiété qui m’a conduit à découvrir mon autisme. En effet c’est lorsque que mon anxiété était trop importante que j’ai commencé des recherches. Je vous en parle au prochain billet.

Début de journée hors routine

Je lis souvent sur des blogs d’aspies des journées qui les sollicitent et les fatiguent et qu’ils jugent représentatives de leur autisme. Et j’ai toujours trouvé ces articles parlant car en exprimant un quotidien par petites touches il devient beaucoup plus parlant qu’avec des explications alambiquées. Je tente donc l’exercice.

Il y a peu il m’est justement arrivé une journée qui dès le départ sentait bon la fatigue. Après une mauvaise nuit dans une chaleur extrême, alors que j’attaque mon mug de café avec un bouquin, biiim, un marteau-piqueur démarre en bas de mon appartement. En clair ce bruit parasite vient gâcher mon quart d’heure sanctuaire que je pratique depuis toujours, un moment clé pour moi, qui me permet de me retrouver et de m’apaiser. J’arrive pas à lire. Je m’agace. Je me suis tout de même fais rire en me demandant si les vibrations du marteau piqueur pouvait faire effondrer l’immeuble ! Je me suis raisonné de l’incongruité de cette pensée sans pouvoir la qualifier de totalement irrationnelle.

Après une douche dans les temps, je m’élance vers les transports non pas pour aller au travail mais à un rendez-vous médical. Je suis déjà allé voir ce médecin une dizaine de fois donc ça devrait être de la routine. Mais ca décale forcément mes horaires habituels et j’aime pas. Le matin j’ai une flexibilité de +/- 15 minutes. Au-delà ça commence à me peser. Et là je suis en dehors des clous, clairement. Alors je me dis que la santé c’est important mais bon je suis pas dans l’horaire préétabli alors ça rajoute de l’angoisse. Mais j’y vais en me disant que c’est important.

Du coup j’anticipe et je pars avec 5 minutes pour faire le tour du parc en bas de chez le médecin. Je me dis que ça me dêtendra. Mais sur le chemin du parc je croise un chien sans laisse. Du coup je me mets sur mes gardes et devient hyper-vigilant! J’arrive au parc sur les nerfs après avoir croisé ce chien qui ne m’a même pas regardé. Je marche pour me détendre mais des grosses gouttes de pluie me transperssent. Je tente de lire sous un arbre mais j’arrive pas à me concentrer. J’arrive chez le médecin agacé.

Là il faut dire bonjour, serrer la main, dire qu’il pleut puis ensuite se concentrer sur les exercices que je dois faire. Ç’est simple et chaque semaine pareil. Mais faut que je sois super concentré. Il me faut me convaincre que c’est un mal pour un bien. Sinon je bacle. Clou du spectacle une tondeuse démarre proche de la fenêtre du cabinet. Le médecin me parle. L’ensemble me submerge. Je n’arrive plus à être concentrer. J’arrête de parler. Mais du coup le médecin s’ennuie. Moi je suis gêné de pas pouvoir discuter. La fin de ce rendez-vous est pesante ! La tondeuse était de trop dans l’équation pour que je maintienne une discussion tout en réalisant l’exercice.

Je sors du rendez-vous et repars prendre les transports. Lorsque je reviens sur mon itinéraire quotidien ça me soulage. Je connais les quais, les trains, les destinations. Je sais que je ne fais pas d’erreur. Et en plus y’a monde qu’en horaire de pointe. Je souffle.

Par contre j’arrive au travail en retard. Le pire c’est que je n’ai pas d’horaires imposés donc c’est pas vraiment du retard. Mais par rapport à la routine c’est du retard, 45 minutes. Donc je suis mal à l’aise de croiser mes collègues, j’ose pas dire bonjour. Alors qu’il n’y a aucune raison. Je me force, je le fais quand même. J’ai l’impression que tout le monde voir mon mal-être. Je remarque que tout le monde s’en fout. Je vais me faire un café. Fiou il était temps que ça calme. Je bosserai 2 heures et lorsque les collègues partiront manger je resterai quel dans l’openspace. Je baillerai un grand coup et aurai l’impression qu’il est 21h. L’après-midi va être longue….

Avouer mon autisme: différence et originalité

Je parle peu mon autisme. Surtout je reviens rarement sur ce sujet avec quelqu’un déjà au courant. D’abord parceque je ne sais jamais à quel moment lancer le sujet. Lorsque je le fais c’est maladroit et ça tombe comme un cheveu sur la soupe. Ensuite parcque je suis embrouillé et brouillon avec ce sujet. Je me focalise sur des détails et j’ai du mal à prendre de la hauteur, à synthétiser. Ça empêche de bien saisir mes propos. Enfin parceque lorsque j’en parle, c’est trop longtemps et ça finis par gêner et je m’agace de mal expliquer. Bref ca tourne souvent au fiasco, au final je suis frustré de ne pas réussir à en parler.

Mais j’en parle peu aussi parceque la maladresse des gens, ou ce que je perçois comme tel, est toujours troublante. Lorsque je parle de mon autisme il y a eu deux grandes catégories de réactions.

La première c’est un sentiment de gêne presque palpable où l’on interlocuteur semble dire ”mais il débloque là nan?”. C’est aussi le fameux “mais ça se voit pas !” , “Oui mais ça va nan?”. Et face à ce type de révélations mon interlocuteur est souvent étonné et surtout deboussollé. Il ne sait pas ce qu’est l’autisme et essayé de se raccrocher à quelque-chose de connu. Pas facile.

Du coup de mon côté j’essaye d’expliquer avec force de détails certaines difficultés comme mon hypersensibilité sonore, mes intérêts spécifiques ou encore mon besoin spontané de solitude. En me focalisant sur de tels détails je brouille le débat et mon interlocuteur se retrouve démuni pour interagir face à l’inconnu. La discussion tourne court aussi parceque lorsque j’explique mal, je m’agace ce qui n’est jamais constructif.

La seconde réaction c’est la plus énigmatique à mes yeux. Ca tourne entre “bah oui rien d’étonnant tu t’en doutais pas?” ou encore ” Ahhhh ben oui tu as toujours été un peu different, à part, tu savais pas ?”. On m’a aussi demandé si je ne m’étais jamais senti different. À ces réactions renvoie la notion de différence. Et pour moi c’est surprenant car je n’ai réfléchi sur ce plan. Je ne me sens pas différent. Car pour moi différent renvoie à la comparaison. Orignal à son envie propre.

Donc oui je suis original. Dans mon apparence vestimentaire. Dans mes centre d’intérêts peu communs, profonds et en apparence déconnectés les uns des autres. Dans mon interactions humaine particulière. Dans ma manière de réfléchir peu commune. Et cette originalité est ancrée en moi. Je la cultive. Je m’habille comme je le fais pour me respecter. Moi, mes sens chatouilleux et mes goûts. Je m’intéresse à des sujets fous mais c’est ce qui me passione au plus haut point. Ça m’apaise. Je parle directement, franchement et en jouant avec les mots. Ça m’amuse et ça embellit l’espace de discussion. Et enfin je réfléchis comme je le fais car c’est la seule que je connaisse. Souvent surprenante mais efficasse et jolie. Tranchée aussi mais ouverte à l’interaction.

Donc au final certainement que ça fait de moi quelqu’un de différent. Mais j’ai toujours vu chaque individu dans sa différence. Tout le monde est différent. Et tout le monde est original. En ce sens où l’originalité fait rejaillir son identité profonde.

Au final malgré des difficultés continues et parfois dures, je n’envisage mon existence que comme une réalisation avec peu de contrainte là où mon autisme laisse de la place: dans ma manière de m’habiller, d’interagir, de me divertir et de réfléchir. Faisant certainement de moi un être original et pourquoi pas différent.